Les dernières discussions au sein de notre communauté ont parfois montré qu’il était nécessaire de faire un rappel sur l’origine de la loi LRU. Celle-ci, loin de provenir de l’hyperactivité de
notre président ou l’imagination de notre ministre Valérie Pécresse, fait tout simplement suite à la Stratégie de Lisbonne (mars 2000) qui doit permettre à l’Europe de devenir d’ici 2010
« l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde […] » (1). A noter que cette stratégie de Lisbonne s’inscrit elle-même dans le contexte plus large de
l’Accord Général sur le Commerce des Services (A.G.C.S.) qui prévoit la création d’un « marché des services éducatifs » (pour ceux qui veulent se faire peur).
Au niveau français, il est intéressant de relever que les grandes lignes de cette loi sont pour la plupart déjà proposées dans un rapport de 2001 rédigé par un groupe de travail du très libéral
Institut Montaigne, groupe de travail présidé à l’époque par Claude Bébéar (2, 3). On y retrouve entre autre les propositions suivantes :
« 1. Création d'un Haut Conseil de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche, garant de l’autonomie des établissements, en charge du calcul des dotations
globales de fonctionnement et de l'évaluation des établissements à partir de leurs performances.
2. Autonomie financière. Allocation par l'Etat d'une subvention globale de fonctionnement incluant les masses salariales des personnels d'Etat (enseignants,
IATOS).
3. Autonomie en matière de gestion des emplois et du personnel :
- Gestion des emplois de fonctionnaires par l'établissement (création, suppression, etc.)
- Possibilité d'attribuer au personnel fonctionnaire un indice d'établissement supérieur à l'indice national lié à l'exercice de responsabilités particulières
;
- Maîtrise du recrutement de l'ensemble du personnel par l'établissement garantissant l'indépendance académique des enseignants du supérieur.
4. Gouvernement des universités : généralisation des conseils d'orientation qui se prononcent sur les choix stratégiques de l'établissement et sont parties prenantes
dans la procédure de désignation du président.
5. Créations de Fondations académiques pour doter en capital nos établissements d'enseignement supérieur (grandes écoles et
universités). »
Propositions déjà en partie reprises par le projet de loi de modernisation universitaire proposé par Luc Ferry en 2003, et qui était d’ailleurs intitulé à l’origine, « projet de loi
sur l'autonomie des établissements d'enseignement supérieur ». Pas de surprises donc quant au contenu de la loi LRU, pas de surprises non plus quant à l’idéologie dont elle s’inspire. Car
comme certains dangereux gauchistes l’avaient dénoncé, et comme d’autres commencent à s’en rendre compte dans nos administrations, sous le doux nom d’ « autonomie des
établissements » se cache le concept de mise en concurrence des universités.
La concurrence donc, pour faire entrer enfin la recherche et l’enseignement supérieur dans une dynamique d’efficacité. La concurrence donc, comme moteur d’un système trop longtemps sclérosé par
d’improductifs fonctionnaires. Même si ce choix doit satisfaire la droite libérale et sa partie la plus radicale (4, 5, 6), rien ne prouve cependant que cette sélection darwinienne appliquée aux
domaines de l’enseignement et de la recherche soit le modèle le plus efficace pour notre société. Nous essaierons de voir dans la suite comment se réalise cette compétition, et discuterons les
conséquences et écueils de cette politique au gré de l’actualité locale ou nationale.
(1) http://atheles.org/editionsducroquant/savoiragir/avosmarquespretscherchez/
(2) http://www.jussieu-en-lutte.ras.eu.org/textes/rapport_montaigne.html
(3) http://www.jussieu-en-lutte.ras.eu.org/textes/Bebear.pdf
(4) « Monopolisées par l'État, l'éducation et la recherche sont investies par des féodalités syndicales et partisanes qui les étouffent. De la maternelle à
l'université, on ne pourra trouver de remèdes à la crise de l'enseignement si celui-ci n'est pas séparé de l'État. Il faudra désétatiser l'université pour la rendre à la nation. » dans
« Quelle université pour la France ?» les Editions du Club de l’Horloge, 1984 (ceux qui connaissent le Club de l’Horloge relativiseront ces propos).
(5) http://blogbernardgensane.blogs.nouvelobs.com/archive/2008/09/19/note-de-lecture-n-25.html
(6) «Main basse sur l’école publique» E. Khaldi et M. Fitousi, Editions Demopolis, 2008, http://www.demopolis.fr/livre.asp?Clef=20