Au contraire de la petite dizaine d’universités que veulent voir émerger nos dirigeants pour devenir le fer de lance de la recherche et de l’enseignement supérieur en France, peu de cas est fait
du devenir des nombreuses universités restantes. Même si le lien n’est jamais clairement énoncé, il semble pour les observateurs les plus pessimistes que leur sort soit scellé par le pacte de la
LRU, outil du gouvernement pour contrôler l’évolution du paysage universitaire français.
Comment alors lire dans cette loi, l’avenir des petites universités ? Comment imaginer une autonomie qui ait un sens pour les petites universités déjà écartées de la compétition pour les
« 10 premières places » ? Puisqu’aucune piste n’est donnée par la loi, on réalise l’énorme exercice d’imagination imposé à une équipe présidentielle pour interpréter la loi et se
préparer aux orientations imposées par le gouvernement. Même si la situation est complexe, y-a-t-il vraiment plusieurs choix pour une université comme l’UHA ?
A défaut de bénéficier d’informations claires sur les projets de notre équipe présidentielle, il était intéressant ces derniers mois de glaner quelques pistes dans la presse. Comme on pouvait s’y
attendre, et suivant à la lettre les canons de la pensée dominante, le modèle de l’entreprise privée est présenté comme la solution aux maux de l’université, modèle de gestion et de gouvernance,
apparemment seul efficace pour produire et transmettre les savoirs.
Ainsi, la rencontre organisée par l’UHA et la Maison de l’entrepreneur entre des représentants de PME-PMI et des enseignants-chercheurs, et intitulée « Université et entreprises, même
combat ! », avec un point d’exclamation, alors que dans le débat actuel ce titre aurait plutôt mérité un point d’interrogation (Alsace du 14/03/2008). Au point d’ailleurs de
faire dire à notre vice présidente aux relations internationales, Saloua Bennaghmouch, que le président de l’Université
« […] sera jugé sur ses résultats, comme un chef d’entreprise », avec stock-options et parachute doré ?
Et de louer ça et là, les premières tentatives même modestes de mécénat (Alsace du 07/03/2008), ou les filières montées en collaboration avec des entreprises (*), véritable cheval de
bataille de notre présidence (DNA du 16/05/2007) (**) : comme si ces dernières détenaient à elles seules les clés de l’innovation et de l’imagination, comme si leurs contraintes
économiques étaient celles-là même qui permettraient au mieux de former nos jeunes pour l’avenir.
Mieux encore, sur la lancée de certains politiciens ou idéologues fraîchement décomplexés, on voit s’interroger notre vice-président étudiant Thibaut Kochesperger, à propos des droits
d’inscription : « un étudiant qui coûte 6000 à 15000 euros par an à la collectivité, ne doit-il payer que 2% de sa
formation ?» (Alsace du 29 mars 2008). On appréciera le « bon sens » de cette emarque au regard de l’analyse
proposée dans le document Les orientations stratégiques du développement de l’Université de Haute Alsace, au sujet du « rôle d’ascenseur social [que représente l’UHA] pour les
jeunes de son bassin de recrutement ». Les étudiants concernés apprécieront ce point de vue purement marchand.
Qu’on nous comprenne bien. Il ne s’agit pas de rejeter la responsabilité des Universités dans l’élévation du niveau de qualification des étudiants. Il ne s’agit pas plus de rejeter les liens
université/entreprises, surtout dans une université polyvalente comme la nôtre, dont l’histoire passée et présente est faite de liens tissés entre industrie et savoir.
Il s’agit d’abord et simplement de refuser que ces liens se transforment en subordination et en dépendance de l’université aux exigences et envers le financement par les entreprises marchandes.
D’autre part, et tout aussi simplement, il s’agit d’affirmer notre attachement à un service public d’enseignement supérieur et de recherche dont la mission est de prendre aussi en charge des
étudiants qui « ne » payent « que » partiellement leur formation. L’avenir de l’UHA est là, dans un clair positionnement qui refuse la logique libérale de mise en compétition
des universités selon des critères de productivité marchande et qui défend sa mission de service public.
(*) http://www.studyrama.com/article.php3?id_article=33856
(**) http://www.communication.uha.fr/revue-de-presse/mai-2007/16-DNA-Alain-Brillard--Etre.jpg/view