Lundi 27 avril 2009
Aux universitaires qui tendent l’oreille pour entendre la parole de nos ministres de l’Enseignement supérieur et de l’Education nationale, répond le silence, le silence assourdissant de ceux qui semblent avoir déserté leurs positions. Mme Pécresse est occupée par la campagne des européennes, qu’elle semble prendre plus au sérieux que sa collègue du gouvernement Mme Dati ; quant à M. Darcos, j’avoue ne pas savoir quel nouveau strapontin il vise, à moins tout simplement qu’il ne boude après avoir du capituler en rase c Inauguration de l'UDS par Valérie Pécresse le 05/02/2009 (photo: Laurent VONNA) ampagne devant les lycéens puis devant les étudiants.

Pendant que le silence règne, cependant, les affaires continuent, ainsi que les coups bas. Profitant des vacances universitaires, la Ministre vient de faire passer son décret sur le statut des enseignants-chercheurs. Quel haut sens tactique, quelle grandeur politique, quel respect envers ses fonctionnaires que cette réitération de la mascarade de la LRU votée pendant l’été 2007 ! Un syndicat, l’Autonome, s’est félicité de la réécriture indigente d’un texte indigne…La ministre a les soutiens qu’elle mérite, et ce n’est pas celui de la communauté universitaire.

Elle ne dit rien par ailleurs, n’engage pas les discussions et ne décide rien quant au volet mastérisation de la formation des maîtres, tandis que son alter ego primaire et secondaire (oups, DU primaire et DU secondaire) a reproduit à l’identique les concours pour 2010. Ainsi, est créée par les ministres eux-mêmes une situation kafkaïenne, à moins qu’elle ne soit ubuesque, dans laquelle les étudiants souhaitant s’engager dans la carrière enseignante ne savent RIEN de ce qui les attend à l’heure où qu’ils doivent se pré-inscrire. Les formateurs dans les universités et dans les IUFM ne savent rien à l’heure où ils doivent élaborer des maquettes de formation qui engagent l’avenir. Ce silence, plus qu’une absence ou un abandon, révèle une tactique de pourrissement du mouvement des universités.

Après avoir gouverné avec brutalité, avoir mené campagne contre l’Université à la hussarde, voilà que nos ministres, contraints à la reculade, la transforment en débandade, désastreuse une seconde fois pour l’université.

Décidemment, ces deux dernières années auront révélé les deux facettes complémentaires de la politique gouvernementale : après la brutalité de 2007 et 2008, l’Université a eu droit à l’entêtement du début 2009 et connaît maintenant l’abandon, à la fois entêté et brutal.
Par Marie-Claire VITOUX (Membre du collectif des universités et élue Vigilance au CA de l'UHA)
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Mardi 24 mars 2009
Article du Comité de Vigilance publié dans la revue Rive Gauche - Mars 2009  (Journal d’information trimestriel des élus socialistes et républicains au Conseil Municipal de Mulhouse - http://www.nspm.fr/)

"L'Accord Général sur le Commerce des Services qui prévoit la création d'un "marché des services éducatifs" et la stratégie de Lisbonne qui doit permettre à l'Europe de devenir d'ici 2010 "l'économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde...." sont deux concepts à l'origine de la Loi sur la Responsabilité des Universités (LRU) imposée sans concertation par le gouvernement. Cette loi aujourd'hui très controversée menace directement l'avenir de l'Université de Haute Alsace (son site mulhousien et colmarien).

L’université de Haute Alsace se caractérise par des liens étroits et anciens avec le monde de l’entreprise. Les sciences dures (physique, chimie,… ) comme les sciences humaines et sociales ont ainsi développé des formations professionnalisantes appréciées du monde industriel. Cependant, le nouveau mode d’évaluation et de classement des universités basé exclusivement sur l’activité de recherche met à mal ce particularisme de notre université et son interaction avec le tissu social et économique local. Ainsi se retrouvent déjà menacées des filières qui ne rentrent pas dans ces critères d’évaluation alors qu’elles répondent de façon satisfaisante à des besoins locaux.

Tous les politiques (ville de Mulhouse, Camsa, département) complices du gouvernement, ont approuvé cette idéologie de mise en concurrence, présentée comme l’unique moteur d’une recherche et d’un enseignement supérieur efficace, mise en concurrence qui risque d’être catastrophique pour une petite université pluridisciplinaire comme la nôtre. Ainsi, alors que la création et l’animation de filières professionnelles coûtent de fait, plus cher qu’une filière généraliste, les seuls cadeaux faits à l’Université de Haute Alsace pour le passage anticipé à l’autonomie (c’est à dire l’application de la LRU) sont la suppression de 4 postes et une baisse conséquente de son budget !"

Cette mise en concurrence des universités dans un contexte de pénurie organisée risque très certainement d’appauvrir l’Université de Haute Alsace dans son offre de formation (par migration des budgets et des postes vers les grands pôles universitaires, comme celui voisin qu’est l’Université de Strasbourg). En faisant le choix d’abandonner l’Université de Haute Alsace qui participe au dynamisme et à l’attractivité de la ville, c’est Mulhouse et les mulhousiens que Jean-Marie Bockel et ses adjoints ont abandonné dans une compétition perdue d’avance. Dans cette mutation nationale du paysage de l’offre d’enseignement supérieur, ce sont les populations les plus pauvres, éloignées des systèmes sélectifs et confinés géographiquement, qui verront se réduire leurs possibilités de formation. L’université de Haute Alsace, Mulhouse et les mulhousiens, comme tout le département du Haut-Rhin, méritaient mieux que ce lâche abandon."
Par Laurent VONNA
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Mercredi 18 mars 2009
Le blog du Comité de Vigilance publie aujourd’hui deux témoignages qui illustrent le fonctionnement des universités américaines. On y voit comment la gestion dans un modèle de concurrence et d’autonomie des établissements d’enseignement supérieur peut conduire à une précarisation des enseignants et des enseignements, avec dans certains cas des adaptations absurdes de l’offre de formation et surtout, la dépendance de cette offre de formation avec la situation économique du pays [1].

Le premier témoignage d’une ex-enseignante aux USA nous décrit les différents postes d’enseignants dans les universités américaines. Ce texte permet également de comprendre les termes utilisés dans le second témoignage d’une enseignante, elle, toujours en poste dans une université des USA.

"Pour enseigner dans une université américaine, il faut au minimum un doctorat (Ph.D). Les facs offrent des postes « tenured », à vie en quelque sorte, ou plus exactement jusqu’à ce que l’on décide de partir à la retraite (puisqu’il n’y a pas vraiment d’âge limite) ! Ceci est le rêve de tous, mais dans ce cas il faut publications, publications, et encore publications : livre, articles, conférences, etc. Comme ces postes comportent une « année sabbatique » tous les sept ans, il faut des remplaçants qui puissent assurer la rotation. Les universités offrent donc des contrats intitulés « visiting », sur un, deux ou trois ans. A l’issue de ce contrat, il faut chercher un autre contrat temporaire, et si nécessaire, à l’autre bout du pays,… (Visiting Assistant Professor, Visiting Professor). Ensuite, il y a les « Lecturers », souvent « Visiting » ou bien aussi nommés « Adjuncts » (sui est le cas de l’auteur du second témoignage), sur des contrats renouvelables à la demande, c’est-à-dire, selon le nombre d’étudiants inscrits, le salaire pouvant ainsi varier avec le nombre de cours. Parfois le contrat peut être de trois ans, mais peut aussi être d’un an seulement. Ceci permet aux universités gérées par des « trustees » c’est-à-dire des actionnaires majoritaires, d’assurer des cours « fondamentaux » avec une équipe soudée pour un moment, et d’avoir aussi des petits satellites, qui dépendent des fluctuations des inscriptions et des besoins en cours de telle ou telle matière. Les langues sont bien sûr dans ce cas de figure, une année l’espagnol aura plus de succès, une autre le japonais, etc…. Une amie vient ainsi de perdre son job à l’université de Californie, « visiting » en japonais et qui pour l’instant n’a rien trouvé ! Mais si je fais un sondage, au vu de la situation économique actuelle qui fait que les étudiants ont du mal à trouver un emprunt-études auprès des banques US, je crois que je vais apprendre encore pas mal de mauvaises nouvelles des mes amis et anciens collègues rencontrés sur les campus US…. Moins d’inscrits, moins d’emplois cqfd. Bonne lecture d’une « ex-lecturer » ! "


"Comme toutes les institutions académiques, notre université ressent la crise. Mais la présidente a souligné le fait que tout est mis en œuvre pour minimiser les "dégâts" du genre licenciements, non renouvellement de contrats, etc... Apparemment, la situation n'est pas catastrophique mais elle sera mieux appréciée dans quelques mois, lorsque les candidatures des nouveaux étudiants auront été arrêtées et les premiers paiements honorés. Pour les « adjuncts », on a soumis le projet d'un contrat de deux ans, renouvelable indéfiniment sur avis favorable des départements. Il faut dire que jusqu'ici, l' "adjunct" ne pouvait pas enseigner (en principe) plus de six ans au college (ce que je ne savais pas ! et j'en suis a ma cinquième année !). Je me suis beaucoup investie dans mon Département. Si jamais on me remercie, je serai désemparée. Je vais avoir 60 ans ce mois d'août et ne me vois pas repartant a zéro. Tout allait si bien... A Smith College, en dépit de ce que dit Thomas, je crois que la situation est plus grave. Je connais une "adjunct" dans le Département de français de Smith qui va se retrouver sans travail. Des cours sont supprimés lorsqu'ils comptent moins de dix étudiants (quand tu penses que Thomas avait des séminaires de 4 étudiants !). "

[1] http://www.nytimes.com/2009/03/17/us/17university.html?_r=1&ref=education
Par Laurent VONNA
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Lundi 23 février 2009
Stéphane FONTAINE (SNESUP UHA) a fait ce travail laborieux et courageux d'étudier les adaptations faites par l'UHA du décret (2008-333 du 10 avril 2008) en ce qui concerne les comités de sélection. Nous avons voulu vous faire partager ce travail sur le blog du Comité de Vigilance UHA. Merci à lui.

1. Comment doivent être constitués des comités de sélections (décret 2008-333 du 10 avril 2008) :



Autres règles générales de constitution des comités de sélection :

Un comité de sélection n’est pas pérenne et se reconstitue pour chaque poste.

Un C. Sél. est constitué d’enseignants chercheurs qui peuvent appartenir à des instituions étrangères mais, au minimum, à grade égal au poste à pourvoir.

Nombre de membres : de 8 à 16 (internes et externes).

Au moins la moitié des membres sont externes.

Parité Maître de Conférences – Professeurs.

                                              (1 personne peut appartenir à 3 comités de sélection au maximum)



2.
Les adaptations à l’UHA

Le nombre de membres varie selon les sections, de 8 à 16.

Chaque MCF ou Pr. est dans le vivier et peut donc être désigné membre d’un comité de sélection, selon les adéquations entre section du poste à pourvoir et leur section.

Les membres sont désignés par le directeur du labo et le directeur d’UFR pour lesquels le poste est destiné. Ils doivent alors remplir un CV pro format qui sera publié sur l’application du ministère « Galaxie » pour les candidats (modèle dispo sur le site DRH ad hoc).

Les frais inhérents aux déplacements des membres extérieurs sont à la charge des labos et des composantes, pour lesquelles, le poste est à pourvoir.



3. Suite du processus (une fois le Comité de sélection formé) tel que le prévoit le décret


APPEL D’OFFRE 2008 APPEL D’OFFRE 2008 APPEL D’OFFRE 2008 APPEL D’OFFRE 2008
Par Laurent VONNA (pour l comité de Vigilance) et Stéphane FONTAINE (SNESUp UHA)
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Mardi 27 janvier 2009

(... suite de l'article précédent) Et que dire encore de l’irresponsable réforme de la formation des enseignants imposée dans la précipitation par le gouvernement. Réforme dont l’application présente les symptômes du fonctionnement futur de l’enseignement supérieur en France : absence de cadrage national (même pour un diplôme national !), isolement des universités pour imaginer des cursus (montage de dossiers à imaginer comme c’est déjà le cas pour le renouvellement et l’évaluation de nos diplômes), mise en concurrence directe avec des collègues (les IUFM dans le cas de la formation des enseignants)… Tout cela pour finalement aboutir à une mise en concurrence par la diversité de l’offre pour un même diplôme dans cas,  et qui sera finalement évalué au niveau national par l’AERES et la DGES.

 

Au total, après une année 2008 pendant laquelle la détermination gouvernementale a pu passer en force avec le soutien actif des présidents d’université et « grâce » à la trop faible mobilisation des personnels, on entrevoit et on souhaite une année 2009 combative…en espérant que la bataille ne soit pas déjà perdue.

Par Laurent VONNA
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Lundi 19 janvier 2009

(... suite de l'article précédent) Plus énervant que pathétique ce courrier du président et des vice-présidents de la CPU adressé au président de la république et qui circule en ce moment dans nos messageries. On y retrouve pêle-mêle la dénonciation de la baisse des budgets, la modification du décret de 1984 sur nos services, la réforme de la formation des enseignants, la reconnaissance des diplômes délivrés par des instituts catholiques… Quelques exemples en réalité d’une même politique d’atomisation de l’enseignement supérieur par la mise en concurrence des universités (organisation de la pénurie, public contre privé-catho, IUFM contre facs, modulation des services et primes,…). A moins que les nouvelles instances de la CPU (élues le 22/12/2008) n’aient changé leur fusil d’épaule, il est affligeant de voir dénoncé toutes ces dérives par ces même instances qui, il y a un an, signaient des deux mains la loi LRU permettant justement cette mise en concurrence. « L’élan collectif [pour les réformes] est manifestement engagé », ne s’applique « manifestement » qu’aux membres de la CPU qui, amadoués par le président de la république et la ministre, trahirent leurs collègues enseignants-chercheurs ignorés lors des pseudo-concertations au sujet de cette loi.

A signaler aussi le mouvement initié par nos collègues de la FSESJ, qui ont décidé « de ne pas réunir les jurys et par voie de conséquence de reporter à une date ultérieure les dispositifs pédagogiques et les sessions de rattrapage du premier semestre ». Ceci, pour dénoncer la baisse des moyens et le projet de modification du décret de 1984. Il ne s’agit pas ici de débattre de ce sujet, ni de discuter de l’engagement remarquable de nos collègues, mais de rappeler qu’à notre sens, ce projet de modification des statuts est contingent à la loi LRU car c’est elle qui, en donnant les pleins pouvoir aux présidents, permet son application locale avec tous les risques que cela comporte. Contingent également de par sa philosophie qui étend le modèle de concurrence jusqu’entre collègues, au travers de la modulation des services imposés par une super-présidence se basant sur des évaluations qui échappent à notre communauté. La surprise de certains, l’isolement déjà d’autres, et le rythme des réformes révèlent combien il était nécessaire de faire tous ensemble barrage à la LRU et rappellent tristement la très faible mobilisation contre celle loi sur notre campus (à suivre...).
Par Laurent VONNA
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Lundi 12 janvier 2009

Ils sont bien peu nombreux, à l’UHA comme ailleurs, ceux qui se réjouissent encore du passage anticipé à l’autonomie de notre chère université. Car sur le terrain il n’aura échappé à personne le malaise qui règne à tous les niveaux en ce début de nouvelle année.

En témoigne ce pathétique ralliement (à l’unanimité !) du CA de l’UHA (le 23 décembre 2008) à cette motion proposée par notre élue Comité de Vigilance qui dénonce la baisse des moyens et la diminution des effectifs, alors que ce même CA votait à l’unanimité (sauf la voix du Comité de Vigilance) le passage anticipé de notre université à l’autonomie ! Belle duperie que d’avoir réussi à faire croire (à ceux qui le voulaient bien) en ces cadeaux promis par Valérie Pécresse pour les premiers qui appliqueraient cette loi. Nous passerons sur les attaques et les railleries subies par le Comité de Vigilance qui dénonçait alors ce passage anticipé qui apparaît maintenant pour ce qu’il est, un marché de dupes.

Se posera-t-on un jour la question de savoir qui profitera d’avoir joué les bons élèves auprès du Ministère ? En guise de cadeaux donc, une faible et discutable augmentation du budget (2,7% contre une moyenne nationale bien supérieure, de l’ordre de 6%, avec un record pour Paris7 qui bénéfice d’une augmentation de 23,5%), et des suppressions de postes alors même que l’application de la loi suppose la mise en place de nouveaux outils, de gestion, d’orientation des étudiants, d’évaluation interne, et alors que tous les indicateurs révèlent la sous-dotation chronique de l’UHA (à suivre...).
Par Laurent VONNA
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Lundi 1 décembre 2008

Les dernières décisions brutales prises par le CNRS de désassocier et déclasser certains laboratoires de l’UHA n’ont pas manqué d’agiter notre microcosme bollwercko-mulhousien. Et pour cause, deux laboratoires déclassés en FRE, le COB (laboratoire de Chimie Organique et Bio-organique) et le DPG (Département de Photochimie Générale), un laboratoire désassocié, le LMPT (Laboratoire de Mécanique et Physique Textiles) et une fusion forcée entre l’Institut de Chimie des Surfaces et Interfaces, le LMPC  (Laboratoire de Matériaux à Porosité Contrôlée) et le LPSE (Laboratoire de Physique et Spectroscopie Electronique).

 

Sans rentrer dans les différentes polémiques qui sont nées à ce sujet il est intéressant de noter qu’aucune de celles-là ne rappelait la dimension et le contexte national dans lesquelles ces décisions ont été prises. Cette lecture purement locale des décisions nationales amenait à ne mettre en cause, de façon brutale, que l’équipe présidentielle à qui l’on imputait toute la responsabilité de ces déclassements. Une telle cécité est un mal bien connu de l’UHA qui a force d’auto-recrutements et auto-promotions, s’est peut-être un peu trop éloignée des critères d’excellence nationaux et internationaux, et a finalement réduit l’évaluation de l’activité de ses enseignants-chercheurs au niveau local sans prendre en compte, de façon consciente ou inconsciente d’ailleurs, le regard extérieur de nos pairs.

 

Or, les règles du jeu ont changé radicalement ces derniers temps et ce regard extérieur s’est fait d’autant plus perçant que le modèle d’autonomie qu’on nous impose met en concurrence les universités sur des critères clairs (les indicateurs), même si leur légitimité et leur véracité semblent de plus en plus remises en question (cf. la valeur relative du facteur h, le fiasco du classement des revues SHS par l’AERES…).

 

Il semble ainsi bien loin le temps où l’on pouvait sortir comme professeur  retraité de l’UHA avec quelques publications dans la besace. Il ne s’agit pas là de se lancer dans une chasse aux sorcières. Je laisse à chacun le soin de faire cette petite bibliométrie sur nos dernières recrues, derniers promus, etc.… (en utilisant les outils de bibliométrie auxquels nous avons accès), car c’est de cette façon, aussi mécanique et absurde soit-elle, que l’évaluation de notre activité de recherche se fera.

 

Certains m’objecteront que l’on oublie vite dans ce calcul l’investissement pour le développement de telle ou telle UFR, telle ou telle école… C’est juste, mais le problème est que ce critère reste difficilement mesurable et n’est assurément pas pris en compte (ou si peu) dans l’évaluation de notre activité, et le classement des universités. Cette non-prise en compte de l’activité d’encadrement administratif nous rappelle une évidence : ce n’est pas la mission première d’un enseignant-chercheur que de réaliser de telles tâches administratives. Les dernières discussions sur le statut de l’enseignant-chercheur ont naturellement rappelé les missions originelles d’un enseignant-chercheur qui sont… l’enseignement et la recherche. Or, l’application stricte de ces critères d’évaluation fait ressortir encore plus clairement et avec une argumentation imparable de nombreuses incohérences dans les carrières de certains de nos collègues. En discutant avec d’autres collègues, jeunes enseignants-chercheurs, qui contre vents et marées s’obstinent à remplir leur mission de recherche, je m’aperçois que l’on assiste finalement à un choc générationnel entre ces jeunes et ceux pour qui l’activité de recherche dans une université comme celle de Mulhouse n’était pas forcément la priorité pour valoriser cette même université. Quelles sont les raisons de cette différence de vue ? Sans être exhaustif, rappelons-en deux. La génération des recrutés des années 1980 et 1990 s’est vu confier une mission prioritaire, celle de monter des formations nouvelles pour inscrire l’UHA dans le paysage universitaire : développer les maîtrises, les Capes, implanter le droit etc., toutes ces activités ont mobilisé leur temps. Par ailleurs, les primes et heures complémentaires qui ont accompagné ces tâches ont pu constituer, dans une dérive malsaine, des outils de management. Plus grave, cette dérive s’est étendue à une politique de recrutement et de promotion (éloignée des critères d’activité de recherche), avec tout ce que cela suppose de mécanismes d’allégeance qui polluent encore les décisions locales et ne manqueront pas de polluer les décisions futures en particulier dans l’évaluation locale à laquelle nous serons confrontée.

 

N’est-ce pas la responsabilité des politiques antérieures que de n’avoir pas récompensé à sa juste valeur une activité de recherche parfois ingrate plutôt que d’encourager par des primes, l’investissement dans des activités pédagogiques ou administratives, ou que de rémunérer des heures complémentaires d’un enseignant-chercheur alors que sa mission de recherche n’est plus remplie depuis des années ?

 

Bien sûr que la LRU n’était pas nécessaire pour pointer et corriger ces dysfonctionnements. L’inertie, l’aveuglement (volontaire ou non) de l’institution, les profits et privilèges distribués et partagés empêchaient toute évolution du système. La  (L)"Responsabilité"(U) imposée à l’université met à jour de façon brutale, et avec un certain malaise, des dérives dans la gestion locale de la carrière des enseignants-chercheurs. Il est à craindre que dans l’avenir, les sanctions de ces pratiques, s’il n’y en a déjà eu, ne touchent de façon collective notre université.

Par laurent vonna
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Lundi 29 septembre 2008

Les dernières discussions au sein de notre communauté ont parfois montré qu’il était nécessaire de faire un rappel sur l’origine de la loi LRU. Celle-ci, loin de provenir de l’hyperactivité de notre président ou l’imagination de notre ministre Valérie Pécresse, fait tout simplement suite à la Stratégie de Lisbonne (mars 2000) qui doit permettre à l’Europe de devenir d’ici 2010 « l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde […] » (1). A noter que cette stratégie de Lisbonne s’inscrit elle-même dans le contexte plus large de l’Accord Général sur le Commerce des Services (A.G.C.S.) qui prévoit la création d’un « marché des services éducatifs » (pour ceux qui veulent se faire peur).

Au niveau français, il est intéressant de relever que les grandes lignes de cette loi sont pour la plupart déjà proposées dans un rapport de 2001 rédigé par un groupe de travail du très libéral Institut Montaigne, groupe de travail présidé à l’époque par Claude Bébéar (2, 3). On y retrouve entre autre les propositions suivantes :

« 1. Création d'un Haut Conseil de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche, garant de l’autonomie des établissements, en charge du calcul des dotations globales de fonctionnement et de l'évaluation des établissements à partir de leurs performances.

2. Autonomie financière. Allocation par l'Etat d'une subvention globale de fonctionnement incluant les masses salariales des personnels d'Etat (enseignants, IATOS).

3. Autonomie en matière de gestion des emplois et du personnel :

- Gestion des emplois de fonctionnaires par l'établissement (création, suppression, etc.)

- Possibilité d'attribuer au personnel fonctionnaire un indice d'établissement supérieur à l'indice national lié à l'exercice de responsabilités particulières ;

- Maîtrise du recrutement de l'ensemble du personnel par l'établissement garantissant l'indépendance académique des enseignants du supérieur.

4. Gouvernement des universités : généralisation des conseils d'orientation qui se prononcent sur les choix stratégiques de l'établissement et sont parties prenantes dans la procédure de désignation du président.

5. Créations de Fondations académiques pour doter en capital nos établissements d'enseignement supérieur (grandes écoles et universités). »

Propositions déjà en partie reprises par le projet de loi de modernisation universitaire  proposé par Luc Ferry en 2003, et qui était d’ailleurs intitulé à l’origine, « projet de loi sur l'autonomie des établissements d'enseignement supérieur ». Pas de surprises donc quant au contenu de la loi LRU, pas de surprises non plus quant à l’idéologie dont elle s’inspire. Car comme certains dangereux gauchistes l’avaient dénoncé, et comme d’autres commencent à s’en rendre compte dans nos administrations, sous le doux nom d’ « autonomie des établissements » se cache le concept de mise en concurrence des universités.

La concurrence donc, pour faire entrer enfin la recherche et l’enseignement supérieur dans une dynamique d’efficacité. La concurrence donc, comme moteur d’un système trop longtemps sclérosé par d’improductifs fonctionnaires. Même si ce choix doit satisfaire la droite libérale et sa partie la plus radicale (4, 5, 6), rien ne prouve cependant que cette sélection darwinienne appliquée aux domaines de l’enseignement et de la recherche soit le modèle le plus efficace pour notre société. Nous essaierons de voir dans la suite comment se réalise cette compétition, et discuterons les conséquences et écueils de cette politique au gré de l’actualité locale ou nationale.

 

(1) http://atheles.org/editionsducroquant/savoiragir/avosmarquespretscherchez/

(2) http://www.jussieu-en-lutte.ras.eu.org/textes/rapport_montaigne.html

(3) http://www.jussieu-en-lutte.ras.eu.org/textes/Bebear.pdf

(4) « Monopolisées par l'État, l'éducation et la recherche sont investies par des féodalités syndicales et partisanes qui les étouffent. De la maternelle à l'université, on ne pourra trouver de remèdes à la crise de l'enseignement si celui-ci n'est pas séparé de l'État. Il faudra désétatiser l'université pour la rendre à la nation. » dans « Quelle université pour la France ?» les Editions du Club de l’Horloge, 1984 (ceux qui connaissent le Club de l’Horloge relativiseront ces propos).

(5) http://blogbernardgensane.blogs.nouvelobs.com/archive/2008/09/19/note-de-lecture-n-25.html

(6) «Main basse sur l’école publique» E. Khaldi et M. Fitousi, Editions Demopolis, 2008, http://www.demopolis.fr/livre.asp?Clef=20

Par vonna laurent pour le Comité
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Lundi 4 août 2008

La presse s’en est fait l’écho (Le Monde, 22 juillet 2008) : 900 postes seront supprimés en 2009 dans l’enseignement supérieur. Décidément, le gouvernement a choisi la lâcheté, la brutalité et les fausses promesses en guise de politique : c’est en été qu’on fait les réformes, comme on fait un enfant dans le dos : on a eu la LRU du 10 août 2007, on aura à la fin juillet ou en août 2008 la suppression des concours de recrutement des enseignants du Secondaire – le Capes.

900 postes de fonctionnaires en moins donc, sans d’ailleurs que la répartition entre chercheurs, enseignants, enseignants-chercheurs et personnels Iatos soit décidée : gageons que le processus démocratique de négociation va s’ouvrir pour permettre aux universités de choisir elles-mêmes leurs membres à amputer…

On s’interroge : que ce serait-il passé si l’enseignement supérieur n’avait pas été déclaré Priorité nationale pendant toute l’année universitaire dernière, celle de l’application besogneuse de la LRU par les universités ??? Aurait-on ajouté un zéro au nombre des suppressions de postes ??? 

Il faut s’interroger sur le sens de la décision.

Y-a-t-il inconséquence comme le soulignent le Snesup (« Le gouvernement (…) tourne le dos aux objectifs qu’il prétend afficher ») et le Sgen-Cfdt qui juge cette décision « inquiétante et inconséquente » ? Peut-être… Mais, ne peut-on penser que cette décision, loin d’être absurde et contradictoire, est parfaitement cohérente avec deux idées-force du gouvernement.

D’abord, ces coupes sombres dans l’emploi public sont un outil du façonnage du paysage universitaire par le gouvernement. Celui dont il a hérité, cette implantation universitaire qui depuis trente ans s’est faite au plus prés des populations pour participer à la dynamique des territoires, doit laisser la place à un paysage polarisé : dix grosses universités (peu importe que l’on confonde la qualité et la quantité, l’excellence et la taille) serviront à polariser les dynamiques (au lieu de les mettre en réseau) ; les autres universités (plus de 70…tout de même !) doivent donc être réduites à n’être que des lieux d’enseignement qui ne sera « supérieur » que de nom. Dés lors, la suppression des postes (2009 n’est qu’un début !) apparaît comme l’un des outils de cette réorganisation.

L’autre avantage de cette décision (oui, « avantage » : cela dépend simplement du point de vue qu’on adopte !), c’est d’accompagner la disparition des fonctionnaires dans le Supérieur et leur remplacement (partiel) par des contractuels : c’est la deuxième idée forte (forte comme « primaire et brutale »)  qui anime le gouvernement. Depuis des années, l’Etat a, dans ses entreprises et dans ses administrations, démantelé le statut de la fonction publique : il s’est même trouvé des intellectuels dits de gauche pour légitimer la dissociation entre les missions de service public (nobles bien sûr) et les fonctionnaires (grassement payés à rien faire si ce n’est à engraisser le mammouth) : pourquoi le Supérieur (enfin… les Universités puisque les Grandes écoles ne sont, elles, pas touchées par la réforme) et la Recherche seraient-elles restées indemnes de ce démantèlement ?

La grêle de l’été n’est donc ni une surprise ni une erreur gouvernementale…

Par Marie-Claire Vitoux (Elue Vigilance au CA de l’UHA)
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