Lundi 4 août 2008 1 04 /08 /2008 16:42

La presse s’en est fait l’écho (Le Monde, 22 juillet 2008) : 900 postes seront supprimés en 2009 dans l’enseignement supérieur. Décidément, le gouvernement a choisi la lâcheté, la brutalité et les fausses promesses en guise de politique : c’est en été qu’on fait les réformes, comme on fait un enfant dans le dos : on a eu la LRU du 10 août 2007, on aura à la fin juillet ou en août 2008 la suppression des concours de recrutement des enseignants du Secondaire – le Capes.

900 postes de fonctionnaires en moins donc, sans d’ailleurs que la répartition entre chercheurs, enseignants, enseignants-chercheurs et personnels Iatos soit décidée : gageons que le processus démocratique de négociation va s’ouvrir pour permettre aux universités de choisir elles-mêmes leurs membres à amputer…

On s’interroge : que ce serait-il passé si l’enseignement supérieur n’avait pas été déclaré Priorité nationale pendant toute l’année universitaire dernière, celle de l’application besogneuse de la LRU par les universités ??? Aurait-on ajouté un zéro au nombre des suppressions de postes ??? 

Il faut s’interroger sur le sens de la décision.

Y-a-t-il inconséquence comme le soulignent le Snesup (« Le gouvernement (…) tourne le dos aux objectifs qu’il prétend afficher Â») et le Sgen-Cfdt qui juge cette décision « inquiétante et inconséquente Â» ? Peut-être… Mais, ne peut-on penser que cette décision, loin d’être absurde et contradictoire, est parfaitement cohérente avec deux idées-force du gouvernement.

D’abord, ces coupes sombres dans l’emploi public sont un outil du façonnage du paysage universitaire par le gouvernement. Celui dont il a hérité, cette implantation universitaire qui depuis trente ans s’est faite au plus prés des populations pour participer à la dynamique des territoires, doit laisser la place à un paysage polarisé : dix grosses universités (peu importe que l’on confonde la qualité et la quantité, l’excellence et la taille) serviront à polariser les dynamiques (au lieu de les mettre en réseau) ; les autres universités (plus de 70…tout de même !) doivent donc être réduites à n’être que des lieux d’enseignement qui ne sera « supérieur Â» que de nom. Dés lors, la suppression des postes (2009 n’est qu’un début !) apparaît comme l’un des outils de cette réorganisation.

L’autre avantage de cette décision (oui, « avantage Â» : cela dépend simplement du point de vue qu’on adopte !), c’est d’accompagner la disparition des fonctionnaires dans le Supérieur et leur remplacement (partiel) par des contractuels : c’est la deuxième idée forte (forte comme « primaire et brutale Â»)  qui anime le gouvernement. Depuis des années, l’Etat a, dans ses entreprises et dans ses administrations, démantelé le statut de la fonction publique : il s’est même trouvé des intellectuels dits de gauche pour légitimer la dissociation entre les missions de service public (nobles bien sûr) et les fonctionnaires (grassement payés à rien faire si ce n’est à engraisser le mammouth) : pourquoi le Supérieur (enfin… les Universités puisque les Grandes écoles ne sont, elles, pas touchées par la réforme) et la Recherche seraient-elles restées indemnes de ce démantèlement ?

La grêle de l’été n’est donc ni une surprise ni une erreur gouvernementale…

Par Marie-Claire Vitoux (Elue Vigilance au CA de l’UHA)
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