Lundi 1 décembre 2008

Les dernières décisions brutales prises par le CNRS de désassocier et déclasser certains laboratoires de l’UHA n’ont pas manqué d’agiter notre microcosme bollwercko-mulhousien. Et pour cause, deux laboratoires déclassés en FRE, le COB (laboratoire de Chimie Organique et Bio-organique) et le DPG (Département de Photochimie Générale), un laboratoire désassocié, le LMPT (Laboratoire de Mécanique et Physique Textiles) et une fusion forcée entre l’Institut de Chimie des Surfaces et Interfaces, le LMPC  (Laboratoire de Matériaux à Porosité Contrôlée) et le LPSE (Laboratoire de Physique et Spectroscopie Electronique).

 

Sans rentrer dans les différentes polémiques qui sont nées à ce sujet il est intéressant de noter qu’aucune de celles-là ne rappelait la dimension et le contexte national dans lesquelles ces décisions ont été prises. Cette lecture purement locale des décisions nationales amenait à ne mettre en cause, de façon brutale, que l’équipe présidentielle à qui l’on imputait toute la responsabilité de ces déclassements. Une telle cécité est un mal bien connu de l’UHA qui a force d’auto-recrutements et auto-promotions, s’est peut-être un peu trop éloignée des critères d’excellence nationaux et internationaux, et a finalement réduit l’évaluation de l’activité de ses enseignants-chercheurs au niveau local sans prendre en compte, de façon consciente ou inconsciente d’ailleurs, le regard extérieur de nos pairs.

 

Or, les règles du jeu ont changé radicalement ces derniers temps et ce regard extérieur s’est fait d’autant plus perçant que le modèle d’autonomie qu’on nous impose met en concurrence les universités sur des critères clairs (les indicateurs), même si leur légitimité et leur véracité semblent de plus en plus remises en question (cf. la valeur relative du facteur h, le fiasco du classement des revues SHS par l’AERES…).

 

Il semble ainsi bien loin le temps où l’on pouvait sortir comme professeur  retraité de l’UHA avec quelques publications dans la besace. Il ne s’agit pas là de se lancer dans une chasse aux sorcières. Je laisse à chacun le soin de faire cette petite bibliométrie sur nos dernières recrues, derniers promus, etc.… (en utilisant les outils de bibliométrie auxquels nous avons accès), car c’est de cette façon, aussi mécanique et absurde soit-elle, que l’évaluation de notre activité de recherche se fera.

 

Certains m’objecteront que l’on oublie vite dans ce calcul l’investissement pour le développement de telle ou telle UFR, telle ou telle école… C’est juste, mais le problème est que ce critère reste difficilement mesurable et n’est assurément pas pris en compte (ou si peu) dans l’évaluation de notre activité, et le classement des universités. Cette non-prise en compte de l’activité d’encadrement administratif nous rappelle une évidence : ce n’est pas la mission première d’un enseignant-chercheur que de réaliser de telles tâches administratives. Les dernières discussions sur le statut de l’enseignant-chercheur ont naturellement rappelé les missions originelles d’un enseignant-chercheur qui sont… l’enseignement et la recherche. Or, l’application stricte de ces critères d’évaluation fait ressortir encore plus clairement et avec une argumentation imparable de nombreuses incohérences dans les carrières de certains de nos collègues. En discutant avec d’autres collègues, jeunes enseignants-chercheurs, qui contre vents et marées s’obstinent à remplir leur mission de recherche, je m’aperçois que l’on assiste finalement à un choc générationnel entre ces jeunes et ceux pour qui l’activité de recherche dans une université comme celle de Mulhouse n’était pas forcément la priorité pour valoriser cette même université. Quelles sont les raisons de cette différence de vue ? Sans être exhaustif, rappelons-en deux. La génération des recrutés des années 1980 et 1990 s’est vu confier une mission prioritaire, celle de monter des formations nouvelles pour inscrire l’UHA dans le paysage universitaire : développer les maîtrises, les Capes, implanter le droit etc., toutes ces activités ont mobilisé leur temps. Par ailleurs, les primes et heures complémentaires qui ont accompagné ces tâches ont pu constituer, dans une dérive malsaine, des outils de management. Plus grave, cette dérive s’est étendue à une politique de recrutement et de promotion (éloignée des critères d’activité de recherche), avec tout ce que cela suppose de mécanismes d’allégeance qui polluent encore les décisions locales et ne manqueront pas de polluer les décisions futures en particulier dans l’évaluation locale à laquelle nous serons confrontée.

 

N’est-ce pas la responsabilité des politiques antérieures que de n’avoir pas récompensé à sa juste valeur une activité de recherche parfois ingrate plutôt que d’encourager par des primes, l’investissement dans des activités pédagogiques ou administratives, ou que de rémunérer des heures complémentaires d’un enseignant-chercheur alors que sa mission de recherche n’est plus remplie depuis des années ?

 

Bien sûr que la LRU n’était pas nécessaire pour pointer et corriger ces dysfonctionnements. L’inertie, l’aveuglement (volontaire ou non) de l’institution, les profits et privilèges distribués et partagés empêchaient toute évolution du système. La  (L)"Responsabilité"(U) imposée à l’université met à jour de façon brutale, et avec un certain malaise, des dérives dans la gestion locale de la carrière des enseignants-chercheurs. Il est à craindre que dans l’avenir, les sanctions de ces pratiques, s’il n’y en a déjà eu, ne touchent de façon collective notre université.

Par laurent vonna
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