Mercredi 18 mars 2009 3 18 /03 /2009 12:21
Le blog du Comité de Vigilance publie aujourd’hui deux témoignages qui illustrent le fonctionnement des universités américaines. On y voit comment la gestion dans un modèle de concurrence et d’autonomie des établissements d’enseignement supérieur peut conduire à une précarisation des enseignants et des enseignements, avec dans certains cas des adaptations absurdes de l’offre de formation et surtout, la dépendance de cette offre de formation avec la situation économique du pays [1].

Le premier témoignage d’une ex-enseignante aux USA nous décrit les différents postes d’enseignants dans les universités américaines. Ce texte permet également de comprendre les termes utilisés dans le second témoignage d’une enseignante, elle, toujours en poste dans une université des USA.

"Pour enseigner dans une université américaine, il faut au minimum un doctorat (Ph.D). Les facs offrent des postes « tenured », à vie en quelque sorte, ou plus exactement jusqu’à ce que l’on décide de partir à la retraite (puisqu’il n’y a pas vraiment d’âge limite) ! Ceci est le rêve de tous, mais dans ce cas il faut publications, publications, et encore publications : livre, articles, conférences, etc. Comme ces postes comportent une « année sabbatique » tous les sept ans, il faut des remplaçants qui puissent assurer la rotation. Les universités offrent donc des contrats intitulés « visiting », sur un, deux ou trois ans. A l’issue de ce contrat, il faut chercher un autre contrat temporaire, et si nécessaire, à l’autre bout du pays,… (Visiting Assistant Professor, Visiting Professor). Ensuite, il y a les « Lecturers », souvent « Visiting » ou bien aussi nommés « Adjuncts » (sui est le cas de l’auteur du second témoignage), sur des contrats renouvelables à la demande, c’est-à-dire, selon le nombre d’étudiants inscrits, le salaire pouvant ainsi varier avec le nombre de cours. Parfois le contrat peut être de trois ans, mais peut aussi être d’un an seulement. Ceci permet aux universités gérées par des « trustees » c’est-à-dire des actionnaires majoritaires, d’assurer des cours « fondamentaux » avec une équipe soudée pour un moment, et d’avoir aussi des petits satellites, qui dépendent des fluctuations des inscriptions et des besoins en cours de telle ou telle matière. Les langues sont bien sûr dans ce cas de figure, une année l’espagnol aura plus de succès, une autre le japonais, etc…. Une amie vient ainsi de perdre son job à l’université de Californie, « visiting » en japonais et qui pour l’instant n’a rien trouvé ! Mais si je fais un sondage, au vu de la situation économique actuelle qui fait que les étudiants ont du mal à trouver un emprunt-études auprès des banques US, je crois que je vais apprendre encore pas mal de mauvaises nouvelles des mes amis et anciens collègues rencontrés sur les campus US…. Moins d’inscrits, moins d’emplois cqfd. Bonne lecture d’une « ex-lecturer » ! "


"Comme toutes les institutions académiques, notre université ressent la crise. Mais la présidente a souligné le fait que tout est mis en œuvre pour minimiser les "dégâts" du genre licenciements, non renouvellement de contrats, etc... Apparemment, la situation n'est pas catastrophique mais elle sera mieux appréciée dans quelques mois, lorsque les candidatures des nouveaux étudiants auront été arrêtées et les premiers paiements honorés. Pour les « adjuncts », on a soumis le projet d'un contrat de deux ans, renouvelable indéfiniment sur avis favorable des départements. Il faut dire que jusqu'ici, l' "adjunct" ne pouvait pas enseigner (en principe) plus de six ans au college (ce que je ne savais pas ! et j'en suis a ma cinquième année !). Je me suis beaucoup investie dans mon Département. Si jamais on me remercie, je serai désemparée. Je vais avoir 60 ans ce mois d'août et ne me vois pas repartant a zéro. Tout allait si bien... A Smith College, en dépit de ce que dit Thomas, je crois que la situation est plus grave. Je connais une "adjunct" dans le Département de français de Smith qui va se retrouver sans travail. Des cours sont supprimés lorsqu'ils comptent moins de dix étudiants (quand tu penses que Thomas avait des séminaires de 4 étudiants !). "

[1] http://www.nytimes.com/2009/03/17/us/17university.html?_r=1&ref=education
Par Laurent VONNA
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